• Camille BERTIN

Quelles solutions pour allonger la durée de vie des matériaux ?

En l’espace de 3 ans le paysage français du réemploi s’est transformé ! Les acteurs se structurent ouvrant ainsi la voie vers un nouveau modèle économique du secteur du bâtiment.



Tour d’horizon des acteurs engagés dans cette démarche


MOBIUS, société spécialisée dans le réemploi à Paris, a concentré son activité sur l’industrialisation du réemploi des dalles de faux-plancher. 9000m² de dalles de faux-plancher ont été reconditionnées au 2e semestre 2019 et n’attendent qu’à être posées sur les projets parisiens. D’ici fin 2020, La structure souhaite étendre son offre à la moquette, aux protections électriques ainsi qu’à la création d’un atelier de menuiserie effectuant du surcyclage[1]. Plus encore, La création d’un magasin de produits issus du réemploi à destination des particuliers et des artisans est à l’étude.

Figure 1: Stockage des dalles de faux plancher dans l'atelier de Mobius à Rosny sous-bois



O.C.E.A.N, structure d’insertion par l’activité économique, développe une activité de déconstruction sélective à St Herblain. Elle réalise des expérimentations depuis 1 an et annonce en janvier 2020 avoir déposé 1500 m² de dalles de faux-plancher.


A Lyon aussi ça bouge ! Re.source et Mineka facilitent la revente de matériaux pendant que Made In Past se spécialise en déconstruction. La Métropole, aidée par le labo d’innovation « LeCentSept », cherche quant à elle à encourager la création de nouvelles solutions locales et notamment une usine de réemploi : la Station R.


De nombreuses autres initiatives font avancer le secteur. C’est le cas de l’appel à projet pour création d’une usine de réemploi poussée par le GIE la META à Lille ou encore de l’intégration de matériaux de réemploi sur la Grande Halle de Colombelles avec le WIP à Caen ! Sans parler de tous les sites de revente en ligne (Readymader, Backacia, Cycle up, Imaterio, RenouVo, Opalis, …) et des sites d’informations (materiauxremploi.com, economiecirculaire.org …).




Déposer et déconstruire OUI, mais aussi concevoir et « faire avec »


Les clauses de consultation relatives au curage sélectif fleurissent du côté des MOA publics, comme privés et les acteurs de la démolition se mobilisent pour y répondre. La capacité à capter la matière et les matériaux déjà en œuvre n’a donc jamais semblé être autant à porter de main.


Si la déconstruction sélective devient donc pratique courante, alors, reste à écouler les gisements de ressources ! Pour cela, les projets de construction doivent intégrer des matériaux de seconde main. Et oui, c’est la loi de l’offre et de la demande : si les acteurs récupèrent les matériaux de déconstruction, il faut d’autre part les revendre et standardiser leur intégration dans les marchés !


  • Déposer et déconstruire, quels matériaux déposer ?

Le choix des matériaux à déposer dépend de multiples paramètres : le type de bâtiment (tertiaire ou résidentiel), le type de matériau, l’état, l’existence de filières locales de réemploi, la facilité de dépose, la logistique de chantier…


L’enjeu est de ne pas s’aventurer dans une logique de dépose de tous les éléments si ceux-ci n’ont pas ou peu de chance d’être revendus, donnés ou recyclés. Cela reviendrait à augmenter le prix du curage sans pour autant garantir une valorisation.


Favoriser la déposer des matériaux facilement démontables qui ne vont pas s’abîmer lors de la déconstruction. Par exemple : les faux plafonds en dalles minérales, les moquettes, les dalles de faux plancher de bureau, les WC…


Certains contextes de projets s’y prêtent également mieux que d’autres. Par exemple, tous les projets de réaménagement dans le tertiaire : changement de concept pour les hôtels ou encore changement d’utilisateurs pour les bureaux. Pour ces projets, il n’y a aucune excuse pour ne pas s’engager dans la démarche ! Et oui, comme l’entreprise de curage intervient pour réaliser une dépose soignée, l’initiative d’économie circulaire ne présente pas ou presque de surcoût de main d’œuvre. L’exercice consiste « juste » à trouver les meilleures filières locales de valorisation et organiser un pré-curage avec ces acteurs.

  • Concevoir

L’exercice prioritaire pour dynamiser ce marché du réemploi est d’apprendre à concevoir avec les gisements de matériaux de seconde main disponibles localement. Réinjecter ce gisement dans les projets est le seul moyen concret pour un réel changement d’échelle.

Le réemploi a le vent en poupe auprès des investisseurs et des promoteurs. Les dalles de faux-plancher, les cloisons démontables ou les WC semblent les matériaux les plus évidents. Faciles à démonter, l’industrialisation de ces matériaux de réemploi a débuté il est donc possible de sourcer des partenaires locaux pour assurer la fourniture. Pour consolider ces pratiques, Plaine Commune a proposé la signature d’une charte d’économie circulaire. Les signataires s’engagent notamment à investir un pourcentage du montant de marché travaux dans l’économie circulaire.


Un sondage réalisé sur un panel de 300 personnes au sein du Groupe Bouygues Construction, montre une plus grande appétence pour les matériaux de réemploi qui n’impactent pas la sécurité ou l’hygiène de leur logement. Jusque-là logique !


Les personnes interviewées accepteraient que des matériaux de réemploi soient utilisés dans les parties communes ainsi que dans leurs logements pour ce qui est des portes, des meubles, des vasques, des radiateurs, des fenêtres ou encore du parquet. Ils sont plus sceptiques en ce qui concerne les WC, les revêtements de sol, les ballons d’eau ainsi que pour les détecteurs de fumée.


Là où l’exercice se complique, c’est lorsqu’il s’agit de lier les attentes des futurs acquéreurs avec les enjeux techniques du bâtiment. Réemployer une fenêtre ou un radiateur implique, notamment, d’assurer une performance thermique équivalente à un produit neuf. A quoi bon réemployer un radiateur (et économiser du carbone et des ressources sur la production du radiateur) s’il consomme 3 fois plus qu’un radiateur neuf pendant son utilisation ?


Même si l’acceptation n’est pas encore là, il est beaucoup plus simple techniquement de standardiser l’intégration de WC et vasques de seconde main dans les logements ! En effet, sur le plan technique ces produits sont moins concernés par les réglementations incendie, acoustique et thermique qu’un radiateur.


L’exemple de notre accompagnement du Groupe AccorInvest à leur premier projet de déconstruction sélective


Notre prochain article présentera le projet de réaménagement de l’hôtel Ibis Centre Halles à Strasbourg et la mission de déconstruction sélective réalisée sur ce projet.


ELAN, missionné pour réaliser la MOE en phase conception et exécution, a pu intégrer une démarche de réemploi complémentaire à la mission initiale afin d’optimiser le curage et les déchets inhérents. Grâce à des acteurs très réceptifs, le chef de projet Rénovation France de AccorInvest, le directeur de l’hôtel ainsi que l’équipe Développement Durable du Groupe AccorInvest, cette proposition a reçu un très bon accueil !

[1] Le surcyclage (en anglais, upcycling1) est l'action de récupérer des matériaux ou des produits dont on n'a plus l'usage afin de les transformer en matériaux ou produits de qualité ou d'utilité supérieure2. Il s'agit donc d'un recyclage « par le haut »