• Camille BERTIN

Pour un avenir circulaire : Buildings As Material Banks

Mis à jour : 28 févr. 2019

Co-écrit avec Noémie Colleu,

Dans le cadre du projet BAMB2020, 15 partenaires venant de 7 pays européens ont pu travailler ensemble avec un objectif commun : permettre un changement systémique du secteur de la construction en développant des solutions circulaires. Les 5, 6 et 7 février 2019, Elan était présent à la très inspirante restitution finale du projet à Bruxelles ; et sans étonnement, ce sont les pays nordiques qui nous ouvrent la voie !


C’est quoi un bâtiment banque de matériaux ?


Le bâtiment banque de matériaux, c'est considérer le bâtiment comme une réserve de matériaux de haute qualité qui peuvent être démontés et récupérés afin d'être remis en œuvre. Vision tout de même plus enthousiasmante que d'imaginer tous ces matériaux au fond d'une benne, non ?


Le second aspect de cette vision des bâtiments banque de matériaux est de considérer ceux-ci comme une sorte "d'investissement matérialisé". Plutôt que d'investir dans des fonds (pas très concret), on investit dans les produits et les matériaux d'un bâtiment qu'on considère comme un compte épargne matérialisé : une sorte de "compte épargne ressource". Chacun des investissements depuis les produits jusqu'aux matériaux qui les composent sont considérés comme temporairement "bloqués" en tant qu'élément fonctionnel d'un bâtiment à l'image d'un "Plan Epargne Logement".

Quand les conditions socio-économiques sont favorables, les matériaux et produits sont déposés pour être utilisés sur un autre projet tout en conservant leur plus haute valeur économique (avec le moins de transformation), générant ainsi un revenu pour l'investisseur.

Là encore on se réjouit ! Ça veut dire qu'en considérant les ressources comme un moyen temporaire de matérialiser un investissement, on crée de nouveaux business models dans lesquels profit environnementaux et économiques sont en phase et permettent également d'améliorer la vie des utilisateurs finaux.


Ok. On commence par où alors ?


Déjà, pour passer à l'économie circulaire il va falloir engager des changements systémiques pour booster les opportunités, lever les freins et développer des innovations techniques.

BAMB a identifié trois changements majeurs de culture à porter : notre mode de conception, la définition de la valeur et nos modes de collaboration entre les acteurs.



Quatre axes comme quatre roues motrices pour avancer plus vite

Pour nous aider à concrétiser tout cela, l'équipe BAMB a structuré une approche autour de quatre grands axes :

  • Le bâtiment réversible

  • Les passeports matériaux

  • Les outils d’évaluation des bâtiments circulaires

  • Et les business models associés


Concevoir réversible c’est rendre accessibles et démontables chacun de ses composants (câblages, cloisons, systèmes de ventilation). On conçoit flexible, transformables, éphémère… bref, la matière n’est plus immobilisée mais dynamique. On y gagne alors sur l'exploitation et la maintenance et évidemment, sur la revente des composants après usage.


Un exemple : le bâtiment UMAR-Lab à Zurich. Sa structure porteuse centrale et ses trois plateformes ouvertes permettent à des modules préfabriqués de venir les plugger au bâti et d’être très rapidement fonctionnels. Avec une durée d’usage moyenne de 5 ans, les modules sont démontés et réutilisés dans d’autres projets.


Crédit : nest-umar.net/portfolio/umar


Le passeport matériau c'est l'outil qui a été mis au point par BAMB pour collecter l'ensemble des données permettant d'évaluer la valeur résiduelle des matériaux ; car la première étape pour optimiser la réutilisation, c'est de bien connaitre son gisement.


D’ailleurs, contrairement aux outils traditionnels d’ACV (Analyse de Cycle de Vie) orientés évaluation et réduction des impacts environnementaux négatifs, les passeports matériaux se concentrent sur la création de valeur positive. Aujourd’hui, près de 300 matériaux ont déjà été répertoriés dans la plateforme BAMB Materials Passports.




C’est très prometteur tout ça, mais on a besoin de preuves…


Le Circular Assessment nous permet d’identifier le potentiel de « circularité » d’un bâtiment : en prenant en compte les choix de conception et d’assemblage, on peut alors calculer le potentiel de réutilisation de la matière. Un matériau nu a un potentiel de réutilisation immédiat de 100%, si le choix d’assemblage ne permet pas au matériau d’être extrait intact, ce potentiel est alors réduit. On peut alors comparer les différents choix de conception, les intégrer à une maquette BIM et faire varier les couches de données.


On a aussi besoin de retours sur investissement.


Tout cela ne pourra être possible que si nous arrivons à démontrer les avantages financiers possibles. Pour implémenter ce nouveau modèle, on a besoin de nouveaux business model innovants tenant compte de variables telles que la propriété, les transactions, les externalités… Car il ne s’agit plus de considérer un bâtiment comme un actif, mais comme des actifs à cycles multiples.


Pour soutenir ces quatre axes de travail, BAMB a développé des projets pilotes, des outils et travaille auprès de la Commission Européenne pour faire évoluer les politiques.


Notre conviction : construire réversible


A priori en France on est encore loin d'Amsterdam qui a déjà fait l'évaluation de sa mine de matériaux sur toute la surface de son port !


En revanche peut-être qu'on peut vite se rapprocher de nos voisins belges sur au moins un des sujets : les bâtiments réversibles.


Dans le cadre de BAMB, une étude de cas a été menée sur un centre commercial de quatre étages en Belgique dont la durée de vie a été estimée à 33 ans. L'équipe estime que le surcoût d'investissement pour un bâtiment réversible est de 5%, mais qu'il permet un gain de 10% sur la Valeur Actuelle Nette de l'actif !


Il semble assez évident que pour beaucoup de bâtiments ce cas soit reproductible car, nous le constatons chaque jour, les utilisateurs et leurs usages évoluent rapidement. Ces évolutions engendrent un risque de perte de valeur sur les investissements immobiliers car les bâtiments risquent alors d'être démolis ou au mieux transformés.


En investissant sur un bâtiment réversible, on diminue le risque sur l'investissement initial, on augmente la valeur actuelle nette et donc celle du bien par rapport au marché puisqu'il a un plus grand potentiel de revenu à terme (car le bâtiment a une plus longue durée de vie et peut davantage s'adapter aux besoins des utilisateurs). Le pompon c'est qu'en plus de sécuriser l'investissement, on améliore l'impact sur l'environnement du projet !


Le bâtiment réversible c’est celui qui est capable de se transformer, d’accueillir de nouvelles fonctions mais aussi modifier sa structure. Pour rentrer dans le concret, la réversibilité intervient sur trois dimensions de la conception : les volumes, la structure et les matériaux.


Les règles d’or de la conception réversible :


Pour ceux qui voudraient se projeter dans ce que seront les villes circulaires, on vous conseille d’aller vous promener à Reburg pour comprendre les modèles économiques de demain, nos futurs modes de vie, de travailler, de jouer…


L’ensemble des articles réalisés dans le cadre de BAMB a été publié hier sur le site de IOP Publishers. Et si vous ne savez pas par lequel commencer, vous trouverez ici l’ensemble des résumés.



Merci la Belgique, merci le Danemark, merci l’Allemagne, merci la Suisse, merci la Norvège… merci l’Europe d’être si inspirante !



#Europe #Reversible #BAMB #Conception #Avenir