• Noémie Colleu-Muret

NOUVEAUX BUSINESS SCALABLES POUR UN IMMOBILIER DURABLE

Mis à jour : 11 janv 2019



Cet été le Fab City Summit s’invitait au parc de la Villette à Paris. Workshops, meetups, talks se sont déroulés nous donnant de nouvelles clés de lecture autour du digital, de l’open source, de la space ecology… Brillant évènement organisé par le Réseau Fab City, nous partageons aujourd’hui avec vous la notion de scalabilité et son apport potentiel dans le monde de l’immobilier durable.

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Quel est l’intérêt d’acheter du bio sur-emballé provenant de l’autre bout du monde ? Certes c’est « mieux que rien », mais on ne peut s’en contenter. Au lendemain de la publication du rapport du GIEC nous n’avons plus d’autre choix que de faire évoluer les pratiques dans tous les secteurs et réfléchir au coût global de nos choix de consommation : ne pas se restreindre à leur impact économique et prendre la mesure des coûts environnementaux et sociétaux.



Le temps des « réinventons » a révélé qu’il était possible de construire autrement : frugal, durable, local... Mais toutes ces bonnes pratiques ne suffisent pas à changer le monde dès lors qu’elles restent isolées ; et pourtant, nombre d’entre elles ont cette capacité de scalabilité. Alors, on contribue à leur changement d’échelle ?


Scalabilité : emprunté au langage informatique, la scalabilité est la capacité à s’adapter à un changement d’échelle tout en maintenant sa qualité de fonctionnement et sa performance.*


Que tout le monde pense frugalité, Low Tech et performance ?

Orientation du GIEC : Réduire les émissions dans tous les secteurs et changer les comportements


Construire frugal, c’est tenir compte de son environnement de proximité, connaitre les apports extérieurs, les contraintes et atouts du projet ainsi que ses besoins. En bref, répondre aux enjeux avec des solutions simples et des principes bioclimatiques, applicables au cas par cas ; et cela bien avant de penser High Tech ! Non pas que la Low Tech et High Tech s’opposent, mais après la dépendance aux énergies fossiles, nous ne pouvons pas nous permettre une nouvelle dépendance.


Pourquoi ? Tout simplement car l’obsolescence est tout autant présente dans les outils technologiques de nos bâtiments que dans nos smartphones.

L’architecte Phillipe Madec, membre fondateur du Manifeste pour une frugalité heureuse nous l’affirmait en juillet dernier lors du Fab City Summit : c’est possible.


Le 2226 Lustenau en Autriche est un exemple. Voici un immeuble de bureaux sans chauffage, ni climatisation avec une température intérieure de 22° à 26 °C. L’astuce ? Une enveloppe performante, une structure de briques creuses, seuls les flux d’énergie sont contrôlés par un logiciel. Le résultat dévoile un joli mariage entre low-tech et style contemporain.

Le 2226 Lustenau - Crédit : Baumschlager Eberle

Le projet de l’Aria à Cornebarrieu, réalisé par l’Atelier Philippe Madec, témoigne lui aussi d’une exemplarité en termes d’écoconception : structure bois, briques de terre crue comprimée, ventilation naturelle, panneaux réfléchissants et toitures végétalisées. Il lui a fallu néanmoins mener une bataille pour que ce mur de terre crue puisse tenir un plancher accessible au public. Ça vous parait absurde de devoir prouver la fiabilité d’un procédé qui a fait ses preuves depuis des siècles ?

Moi aussi.

L'Aria - Crédit Pierre-Yves Brunaud, Philippe Madec, C&E

Néanmoins, pour changer nos pratiques et satisfaire notre consommation par la production locale, des filières doivent se créer et se développer.



Un changement de repères à adopter

Orientation du GIEC : investir significativement dans les solutions bas carbone


Le biosourcé, géo-sourcé et les matières premières secondaires sont des opportunités de développement de nouvelles filières et d’une pierre deux coups, puis trois, quatre, cinq… :

  • Contribuer à la résilience et l’autosuffisance des territoires ;

  • Réduire l’impact carbone des matériaux et des projets ;

  • Rapprocher production et consommation ;

  • Dynamiser l’économie productive française ;

  • Créer de nouveaux emplois ;

  • Retrouver et transmettre des savoir-faire traditionnels ;

  • Valoriser les métiers de la construction.

Le projet Cycle Terre à Sevran (93) prévoit la réutilisation des terres excavées des chantiers du Grand Paris Express pour concevoir des matériaux de construction. Initié par la Ville, Grand Paris Aménagement et une douzaine de partenaires dont Quartus et la Société du Grand Paris, le projet témoigne de l’investissement des acteurs pour le changement des pratiques. L’équipe de Manufacture-sur-Seine à Ivry-sur-Seine (le projet de quartier construit en terre crue) a su profiter de la création de cette filière locale, l’occasion de renouer avec ce savoir-faire ancestral et oublié.


Saviez-vous que la France est le leader européen de la production de chanvre ? Et c’est dans l’Aude que se situe la plus grande production d’Europe : la Chanvrière, elle réunit près de 400 producteurs pour 8000 ha de culture. Employé en tant qu’isolant ou béton, ses nombreuses qualités ont su séduire certains acteurs de la construction.


Cette filière d’avenir est en plein essor. Fin septembre, Solideo (la structure chargée de la livraison des ouvrages olympiques) rassemblait les acteurs des filières du biosourcés dans le but d’alimenter les cahiers des charges des opérations des JO 2024. Une partie du Village Olympique devrait se construire en béton de chanvre*, transformant les bâtiments en puits de carbone.


Le chanvre est un matériau fiable. Néanmoins, face aux matériaux dits « traditionnels », son prix d’achat reste le principal frein à son développement. Et pourtant, lorsqu’on s’intéresse au coût global, on s’aperçoit que les économies se font ailleurs : économie d’énergies pour le chauffage et la climatisation, absence de détérioration dans le temps, propriétés naturelles imputrescibles, ininflammables et naturellement fongicides, murs plus solides et moins lourds…

Les filières du recyclage, de la réparation et de la transformation à grande échelle sont elles aussi amenées à se développer prochainement. Elles réunissent ces opportunités de business : ressources abondantes, évolutions des normes en leur faveur et potentiel de scalabilité.



Agir et déplacer les montagnes


Dans ce mouvement pour changer d’échelle, nous avons besoin du soutien des institutions, d’un signal politique clair. Mais nous connaissons leurs inerties et savons qu’il est plus facile d’expérimenter que de changer les lois. En attendant qu’elles évoluent, à nous d’être inspirants sur ces sujets !


« La société a besoin de transgresseurs. Elle établit des lois pour qu’elles soient

dépassées. Si tout un chacun respecte les règles en vigueur et se plie aux normes,

c’est toute la société qui se retrouve ‘’normale’’ et qui stagne. »


Bernard Werber, L’Empire des Anges.





* Dictionnaire Sensagent, Le Parisien

* Source : filière interchanvre


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