• Camille BERTIN

La force des écosystèmes … parce que l’union fait la force !

Mis à jour : 11 janv. 2019

« Comment la vie s’est organisée sur terre... L’associativité et la coopération, sont les deux éléments fondamentaux qui maintiennent la vie sur terre » Pierre Rabhi.

Après ces beaux mois d’été, je vous propose pour la rentrée de nous questionner sur les écosystèmes. En vous baladant à la montagne ou à la mer, vous êtes-vous rendu compte de la puissance de l’organisation de la nature ?


La rivière qui coule, sert à la fois aux poissons, de foyer et de moyen de déplacement ; aux plantes comme ressource pour se développer, aux oiseaux pour se nourrir. Un support, plusieurs services, des espèces qui coopèrent… Et si nous aussi, au lieu de démultiplier les constructions et les flux, nous apprenions à concevoir des bâtiments en prenant en compte l’ensemble du potentiel de l’existant ?



Un potentiel d’action innombrable


Votre poubelle regorge de déchets organiques ? Et si à deux pas de chez vous, une entreprise de méthanisation assurait leur collecte pour créer de l’énergie verte et alimenter votre quartier en énergie ?


Le parking de la copropriété, collé à celui de l’entreprise, se vide le matin alors que le second se remplit ? Mutualisons-les et réduisons, d’une pierre deux coups, les coûts de constructions et les loyers.


Pourquoi seuls les employés peuvent profiter de ce magnifique restaurant d’entreprise, panoramique ? Ne pourrait-il pas être ouvert aux particuliers en dehors des heures de bureau ?


Cette mutualisation de services et de flux a été théorisée sous le nom d’Ecologie Industrielle et Territoriale (EIT).


Convaincue de l’intérêt de savoir travailler avec les acteurs de notre écosystème, j’invite aujourd’hui deux acteurs engagés à s’exprimer : Alice SARRAN, consultante économie circulaire chez INDDIGO et Stevan VELLET, chargé de mission économie circulaire à l'OREE.



Camille Bertin : Alice, selon toi en quoi l’EIT est un vecteur intéressant d’économie circulaire ?


Alice Sarran : L’EIT est la forme la plus territorialisée des approches économie circulaire. C’est également l’un des modèles le plus collaboratif car il propose la mise en synergies d’acteurs variés dont les entreprises qui y trouvent notamment un intérêt économique. En proposant des perspectives de relocalisation des flux, l’EIT représente également une source d’attractivité pour les territoires.


C.B : Ce qui est incroyable c’est que les démarches ne datent pas d’hier ! Par exemple le projet mené depuis 2004 sur le territoire du Port Marseille Fos a donné lieu à la création de l’association Piicto. Elle regroupe 13 industriels engagés dans une démarche d’EIT. Leur but ? Développer de nouvelles filières énergétiques qui exploiteront les rejets de leurs industries et d’une pierre deux coups, créer de nouvelles filières et donc de nouveaux emplois. Un exemple ? De nombreux projets pilotes sont en cours d’expérimentation et l’un envisage de transformer en biocarburant les fumées industrielles !

C.B : Stevan, dans ce contexte, peux-tu nous dire quel est le rôle de l’association Orée pour contribuer à un plus large développement et une meilleure sensibilisation autour de l’EIT ?


Stevan Vellet : ORÉE, acteur historique de l’EIT porte des réflexions et mène des missions au niveau national pour accompagner les acteurs locaux, diffuser les bonnes pratiques et fournir des méthodologies et outils facilitant le déploiement de l’EIT.

(CF le recueil des démarches d'EIT d'OREE)


Avec le soutien de l’ADEME et un guide méthodologique incontournable publié par le CGDD et la DGE, nous animons la plateforme d’évaluation des démarches d’EIT ELIPSE et travaillons sur le niveau de maturité et de pérennité de ces démarches.


Nous constituons également un recueil cartographique des démarches d’EIT en France. C’est d’ailleurs l'un des indicateurs de la Stratégie nationale de transition écologique vers un développement durable (SNTEDD).



C.B : ELIPSE concrètement, c’est un outil pour échanger les bonnes pratiques, identifier les progrès de certaines démarches, capitaliser… Mais surtout c’est un outil d’évaluation basé sur 3 enjeux :




CB : Alice, concrètement est ce que tu veux bien partager avec nous des exemples de projets d’Ecologie Industrielle et Territoriale ?


A.S : Actuellement je travaille sur deux démarches :

  • une pour la CCI Essonne qui vise à créer des ateliers pour détecter des synergies inter-entreprises sur plusieurs zones d’activités de l’Essonne

  • une autre pour le PETR du Pays Rhin Vignoble Grand Ballon en Alsace qui consiste à intégrer l’EIT dans l’aménagement des parcs d’activité du territoire.



C.B : Pour donner un autre exemple concret, on peut citer Lille qui a mis en place la collecte séparative des biodéchets. Les 80 000 tonnes de biodéchets des métropolitains sont envoyés vers un centre de valorisation organique pour produire du biométhane à destination des bus de la région.





C.B : Alice, peux-tu nous expliquer les freins que tu rencontres pour mettre en place ces démarches ?


A.S : La mobilisation des entreprises peut être longue dans certains territoires, mais sans eux, aucune démarche n’est possible.


Deux obstacles majeurs expliquent cela : les entreprises de petites tailles n’ont pas beaucoup de temps à accorder et les grandes entreprises ont souvent leur siège social dans une autre ville (voir un autre pays). De ce fait, elles n’ont pas les moyens d’agir localement. Le temps nécessaire et les moyens à mettre en œuvre sont également des freins à la réussite des projets sur le long terme qui demandent de plus un investissement humain important.



C.B : Stevan, malgré le bon sens que semble représenter l’EIT, ce n’est pas encore très simple à mettre en œuvre. Peux-tu nous dire les actions des différents acteurs qui y contribuent ?


S.V : Beaucoup d’acteurs sont mobilisés sur le sujet pour permettre un déploiement plus facile. Ils agissent à différents niveaux :


Au niveau national et ainsi qu'au niveau régional, l’ADEME mène de nombreuses actions:

  • accompagnement et financement des projets de recherche et développement en EIT

  • lancement (fin 2017) du réseau national des acteurs de l’EIT (SYNAPSE)

  • lancement d’appels à projets et d’appels à manifestations d'intérêts.

  • mise en place des réseaux régionaux EIT


Au niveau local, ce sont les structures chargées de l’animation qui œuvrent : les collectivités, les associations, les gestionnaires de ZA, les syndicats interprofessionnels… Ces animateurs EIT facilitent la mise en œuvre de synergies entre acteurs économiques.


L’association ORÉE, de par ses contributions, est présente à tous ces niveaux. Elle agit autant sur la politique nationale qu’au niveau local auprès de ses membres : Régions, collectivités et associations locales.




Les rendez-vous de cette rentrée 2018


Très bien, nous sommes visiblement nombreux à prôner le déploiement de nouveaux outils d’intelligence collective !


Un dernier exemple pour la route ? Le 17 Septembre était organisé le rendez-vous des deux rives à la station F. Le quartier des deux rives s’étend d’Austerlitz à Bercy à Paris. Il s’organise progressivement pour devenir un quartier d’affaires « circulaire». Les acteurs du territoire (RATP, La Poste, Caisse de dépôts, Petit Bain…) travaillent ensemble autour des sujets de mobilité et d’optimisation de la gestion des déchets.



La prochaine rencontre pour activer des boucles vertueuses et faire de l’EIT votre tasse de thé : les Rencontres Francophones de l’Ecologie Industrielle et Territoriale du 10 au 11 Octobre.


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